La caissière de la belle pro à l’entrée du village a de l’attitude. À chaque fois que je passe ma commande, elle me regarde avec une moue pincée, un peu hautaine, voir même insultée, un peu comme si j’avais fait un commentaire sur sa conditions de caissière à la belle province. Comme si j’étais un paysan qui osait s’adresser à son altesse de la poutine.
Quand je paie ma commande, je laisse un pourboire de 2$ sur ma commande et elle fait la même moue. À chaque fois. ni À chaque fois, je me dis ; Ben quoi, tu pense quand même pas que je vais mettre 15% ? Si je mange ici, c’est parce que je cassé, pas obliger de me le rappeler avec une moue hautaine.
À 4 enfants, dont deux ados, plus mon père, ça prends à peu pres 20 hot dogs. C’est vrai que je les fais travailler. Quand elle call la commande, ça se met à courir derrière le comptoir, les baguettes en l’airs, on tombe en mode industriel, on fait les hot-dog à la chaînes, le premier fait les pains, le deuxième met les saucisses, le dernier met le ketchup de la main droite et la Mayo de la main gauche: c’est un artiste du condiment.
Des hotdog ketchups Mayo, c’est un peu triste. C’est mouillé. Des steamés mouillé.
La caissière me regarde tellement de haut à chaque fois que je tippe mon 2$ que j’en viens insulté. Ça fait que j’ai fait un expérience, j’ai monté à 5$. Même moue. J’ai monté à 10$.
Meme câlice de moue.
Ben on essaie 15$ d’abord.
…
…
Non, même moue. Pas de sourire.
J’ai décidé que j’allais pas donner 20$, les enchères s’arrêtent icitte.
Je paie trop cher pour une moue dégoûtée qui me regarde comme si j’étais un paysan. Pourquoi je donnerais 15$ quand je peux l’avoir gratuitement ?
Meme principe mais de l’autre côté du comptoir.. À côté de chez nous, il y’a un tim Horton et il manque toujours de personnel. Pourtant, il est toujours plein. Mais est ce que c’est parce que le service est lent qu’il semble toujours plein ? Ça je l’ignore. Il faudrait calculer le débit de gens et non pas la pression. Mais quand j’en parle, les gens me disent qu’à chaque matin, ça leur prend 10 minutes et que ça fait pas de sens.
Oh oui: à chaque matin.
Ça veut dire que malgré leur insatisfactions, ces gences bien éduqués et tout et tout viennent quand même.
Le tim a charcuté la moitié des salaires et pourtant, il y a tout le temps autant de monde. Alors pourquoi, que je me dis, pourquoi ils se forceraient à faire un bon service ? Les gens paie quand même mais tu coupe ton service. Et tu coupe encore et les gens paient encore.
Pourquoi je devrais me forcer quand je suis quand même payer?
Est-ce que le tim Horton est une métaphore sur l’imputabilité ? Sur un sentiment qui semble de plus en plus commun ou on se contente du moins possible pour aller cueillir son salaire. À ça, je plaide coupable en esti pour la dernière année. Peut-etre qu’il manque de coup de poing dernièrement.
D’un autre côté, à mon récemment ancienne job, la royauté a bougé les postes et une des deux dessinatrices a abouti dans mon département, le pire, le moins glorieux, l’échafaudage, avec des manœuvres en constantes crise de nerf, gang de débraillés qui parlent toujours trop fort même quand ils chuchotent.
Des amours d’êtres humains et je me dis sans ironie.
On est le département des ramancheurs d’âmes perdues et elle est arrivée comme un chat sauvage qu’on a dû amadouer.
On lui a expliqué que la vie, ce n’est pas un cercle, mais un ressort, on tourne, des fois on est en haut, des fois en bas, mais on avance toujours.
On lui a tendu des pièges, on l’a placé dans des problèmes où on l’alignait vers la réponse. Elle a pris de l’assurance. On ne lui a pas dit qu’on l’aimait, parce que ça ne veut rien dire. Ce n’est que des paroles. On ne lui a pas dit qu’elle était bonne non plus. On lui a fait sentir. Quand elle proposait une idée, je l’alignais vers la réponse mais ça devait venir d’elle, mon surintendant, qui était dans le jeu, disait qu’il doutait au début. Alors la dessinatrice doutait, et j’arrivais à la convaincre de nous prouver son idée et le surintendant disait qu’il allait tester et quand ça marchait, il l’écrivait, par accident, dans un e-mail à tous, qu’elle avait raison.
Ça fait qu’elle est devenu bonne. Et elle a décidé de s’impliquer, et on a développer une plate-forme collaborative dans cet esti de cancer de compagnie qui avait les outils mais pas la capacité de les utiliser. On était en avance. Ça m’a rien coûté sauf un sourire. Quand la royauté a vu son talent, ils ont voulu la reprendre. Elle a dit non. Il lui ont offert de l’argent, elle a dit non. Ils lui ont dit qu’il l’aimait. Mais rien à faire.
Ils sont venu me voir, il pensait que je complotais contre eux. Je leur ai demandé si il avait offert de l’argent, il m’ont dit oui, mais que j’avais du lui rentrer quelque chose dans la tête. Ce n’est pas la première fois que je suis impliqué dans ce genre d’histoire et pourtant, je n’ai jamais retenu quelqu’un. J’ai même tendance à les placer ailleurs quand c’est ce qu’ils veulent.
Ils m’ont dit; on lui a même dit qu’on l’aimait.
Alors je leur ai dit: écoute, j’ai déjà payé 15$ à une fille pour avoir un sourire et ça n’a pas marché. Ce n’est pas juste l’argent.
Évidement, ils n’ont rien compris parce qu’ils ne vivent pas dans ma tête et encore moins dans ma petite ville.
Quand j’ai démissionné, ils m’ont sorti immédiatement sans que j’ai le temps de dire au revoir à mon équipe, ça en dit plus sur eux que sur moi. Le soleil est sorti quand je suis arrivé au deuxième coin de rue. Et eux n’était plus qu’une ligne sur mon CV.
Ah oui, j’en arrive à la caissiere. Il y a trois semaines, je suis arrivé à la commande et j’ai fait à semblant d’oublier la poutine, ma fille était insulté et elle a dit à la caissière que je n’avait pas une bonne mémoire. Hier, j’ai oublié la poutine mais ma fille n’était pas la. La caissière me l’a rappelé, avec un début de sourire et je lui ai dit qu’elle était une machine et qu’elle me sauvait la vie.
Et elle a finalement sourit.