(Les horaires ne sont point respectés. ^^)
Personnellement, je ne parviens tout bonnement pas à faire des siestes (une fois que je suis réveillée, je suis réveillée ; le temps que je mets à m’endormir est plus important que celui d’une sieste) et si j’en faisais, je serais incapable de m’endormir à une heure convenable par la suite (= le soir venu). Comme je le disais précédemment, j’ai du mal à m’endormir, mais quand je dors, je dors (j’ai d’ailleurs besoin d’un certain nombre d’heures de sommeil : 9 heures, je dirais ; mais c'est difficile à réaliser/exécuter), et il ne faut pas me réveiller. Aussi, je rêve (de choses auxquelles je pensais en m’endormant ou qui m’inquiètent, par exemple) quasiment à chaque fois, et je me souviens très souvent de mes rêves à mon réveil. En dépit des apparences, j’aime dormir et j’aime mon lit (j'ai d'ailleurs du mal à dormir ailleurs que dans mon lit). (Si je préfère ne pas dormir plutôt que de dormir 2-3h, c’est uniquement parce que le réveil est trop douloureux en pareil cas.)
(À la fin de mes études, je manquais tellement de sommeil, etc., j’avais tellement travaillé, tout donné et tout sacrifié - ma santé, ma vie sociale, etc. - que j’ai fait un « burnout ». Ensuite, je ne parvenais plus à m’y remettre, j’avais un blocage. Cela a créé un cercle vicieux.)
Tout cela me fait penser à ces quelques mots de Jean d’Ormesson :
« Il y a dans toute existence au moins deux interrogations auxquelles se mêle un peu d'angoisse. L'une au début : que faire ? Elle m'a tourmenté jusqu'aux larmes. L'autre à la fin : qu'ai-je donc fait ? »
(Jean d'Ormesson, C'était bien.)
« J'ai passé mon temps à me demander ce que je faisais dans ce monde où j'ai été jeté, sinon par hasard, je n'en sais rien, du moins sans avoir été consulté. Deux sentiments opposés que j’éprouvais l'un et l'autre avec force me tiraient à hue et à dia : j'aimais ce monde à la folie ; et il m'était étranger - et trop souvent hostile.
J'aimais la vie. J'ai eu de la chance : je m'y sentais comme chez moi. Je grimpais sur les montagnes, je descendais les fleuves, je me baignais dans la mer. Les mots faisaient mon bonheur. […] Je me sentais plutôt bien et le moindre geste, la moindre parole, un sourire, un regard, suffisaient à me faire courir jusqu'au bout de la Terre.
Mais il y avait cette chanson. Ce refrain. Cette musique derrière la tête. À quoi bon ?
À quoi bon me jeter à la poursuite des choses et des êtres ? À quoi bon m’agiter ? À quoi bon vivre ? Peut-être la grâce du monde était-elle rongée en moi par quelque chose d'obscur qui relevait de la paresse ? De toutes les merveilles qui m'étaient offertes dans le monde et par la vie, celle que je mettais au-dessus de tout, c'était le sommeil. J'aimais dormir. Je m'en allais. Je partais en silence pour des rivages insensés. Je dormais et souvent je rêvais. »
(Jean d'Ormesson, Qu'ai-je donc fait ?)
« À Maubeuge, à Saint-Étienne, en Lozère, en Ardèche, à Saint-Chély-d'Apcher, à Loguivy-Plougras, un garçon ou une fille de vingt ans, ou de vingt-cinq, ou peut-être de quarante, vivent, à l'instant où je trace ces mots, une formidable aventure. Ils s'ennuient. Ils ont de la chance. Ils vont écrire un chef-d’œuvre.
Je voudrais crier aux jeunes gens dévorés de l'envie de laisser un nom dans ce monde qu'il y a quelque chose de mieux que de voyager : c'est de ne rien faire. Il y a quelque chose de mieux que d'avoir des aventures : c'est d'en inventer. Il y a quelque chose de mieux que de s'agiter : c'est de s'ennuyer.
J'écrirais volontiers un éloge de la paresse et de l'ennui. La paresse, rien de plus clair, est la mère des chefs-d’œuvre. Très loin de l'abrutissement qui naît des grands postes et des hautes fonctions, l'ennui est cet état béni où l'esprit désoccupé aspire à faire sortir du néant quelque chose d'informe et déjà d'idéal qui n'existe pas encore. L'ennui est la marque en creux du talent, le tâtonnement du génie. Dieu s'ennuyait avant de créer le monde. Newton était couché dans l'herbe et bayait aux corneilles quand il a vu tomber de l'arbre sous lequel il s'ennuyait la pomme de la gravitation universelle. Les petits esprits s'énervent au milieu de foules de choses, la plupart du temps inutiles. Les grands esprits ne font rien et s'ennuient comme Descartes "enfermé seul dans un poêle en Allemagne" avant de découvrir des cieux. Chateaubriand bâillait sa vie avant d'écrire Atala, et René, et les Mémoires d'outre-tombe.
L'essentiel est de fuir les occupations subalternes et d'éviter de se disperser dans des plaisirs ou des obligations d'emprunt, et puis de se donner tout entier à ce qui sera l’œuvre d'une vie. Proust renonce aux chroniques du snobisme et aux raouts dans le grand monde pour se claquemurer chez lui, entre ses murs couverts de liège, dans ses souvenirs et dans ses rêves d'où surgiront les miracles de Swann, d'Odette, de Françoise, d'Albertine, de la duchesse de Guermantes et du baron de Charlus. Dans un domaine très différent, Louis de Broglie sort lui aussi d'une banalité quotidienne où il ne faisait presque rien pour entrer d'un seul coup dans un rêve étoilé. Il ne passait pas pour le plus doué des siens qui avaient tous brillé dans la guerre, dans la politique, dans les lettres. Lui, c'était plus modeste : il s'occupait d'histoire, de généalogie, d'une collection de timbres-poste, il brillait au bridge et aux échecs, lorsque, un beau jour, à Bruxelles, à l'occasion d'un congrès savant où l'avait entraîné son frère Maurice, il découvre par hasard la grandeur farouche d'une physique mathématique qui le mènera jusqu'à la mécanique ondulatoire. "Monsieur", lui dira plus tard Léon Blum en lui remettant l'ordre le plus élevé dans la Légion d'honneur, "vous appartenez à une famille où le talent était héréditaire avant que le génie y entrât."
Le génie - ou quelque chose comme ça - descend aussi sur Loguivy-Plougras, sur Saint-Chély-d'Apcher, sur la chambre où le garçon - ou une fille -, peut-être venu d'ailleurs, peut-être découragé, se débat contre un destin hostile qui semble ne rien promettre. Voyager n'est pas mal. Le succès, c'est très bien. Être heureux, qui ne le souhaite ? S'ennuyer est bien mieux. C'est quand vous êtes perdu que vous commencez à être sauvé. La vie la plus banale, allumer le feu dans une cheminée, se promener dans les bois - Rousseau avait besoin de marcher pour aiguiser ses idées -, ronger son frein et son cœur parce qu'on n'est bon à rien, maudire le monde autour de soi, s'abandonner aux songes, ou, mieux encore ne rien faire du tout, ou, en tout cas le moins possible - avant, bien sûr de se jeter dans le travail à corps perdu -, peut mener autrement loin. »
(Jean d'Ormesson, Qu'ai-je donc fait ?)
(Mais attention, tout de même : « En apparence, si lent, si long, inépuisable, sans fond, le temps passe très vite. Un jour, tu te retournes et tu découvres qu'il n'y en a plus. » - Jean d’Ormesson)
C'était un petit hommage à Jean d’Ormesson, qui avait d’ailleurs également écrit : « Pensez à moi de temps en temps. Saluez le monde pour moi quand je ne serai plus là. C'est une drôle de machine à faire verser des larmes de sang et à rendre fou de bonheur. »