neutral milk hotel - in the aeroplane over the sea (1998)
je suis en train de chercher une façon d'entamer ma présentation, sans trop savoir comment. pour le fun, je suis retournée lire les présentations qui ont été faites jusqu'à présent et elles commencent à peu près toutes de la même manière. je ne fais pas exception à la règle, ça a été un exercice assez ardu que d'arrêter mon choix. si bien que j'ai décidé d'opter pour un album qui n'a ni marqué ma vie, ni suivi mon passage à l'âge adulte; qui n'est à l'origine d'aucune épiphanie/révélation; et qui ne me représente pas particulièrement. juste un album que j'affectionne énormément et que je pourrais probablement écouter tous les jours.
il y a quatorze ans (à deux semaines près), neutral milk hotel faisait paraître
in the aeroplane over the sea sous étiquette merge; il s'agit du deuxième et dernier album du groupe, celui qui le propulsa d'une relative anonymité au statut de «héros de la scène indie», voire de groupe/album culte. (ce genre d'ascension semble banale à une époque où lana del ray peut jouer à
saturday night life, mais en 1998, c'était encore pré-napster, avant l'ubiquité d'internet haute vitesse; vous vous rappelez, la douce époque où vous choisissiez avec soin
le mp3 que vous alliez télécharger ce soir-là.)
jeff mangum, le leader du groupe, a semble-t-il eu beaucoup de mal à faire face à cette popularité grandissante, et le groupe est mort peu de temps après la parution de l'album, par genre de combustion spontanée — pas de séparation officielle/formelle, juste une disparition, un silence radio, qui ne s'est jamais réellement vu expliquer. pendant plus de dix ans*, ce qui n'a sûrement pas nui à l'aura de «culte» qui entoure aujourd'hui cet album (sa réédition par domino, en 2005, s'est vu attribuer la [relativement] rare note de 10 sur pitchfork, blablabla).
ok c'est cool, mais ça me dit pas vraiment c'est quoi, à part que tu as utilisé le mot «indie».
je vais faire un statement démesurément exagéré (mais auquel je crois quand même un peu): cet album est l'une des raisons pourquoi, dans les années 2000, on a écouté autant d'indie rock plein d'accordéons et de trompettes, de freak folk vaguement mystique, de voix nasillardes qui s'époumonent sur une ligne de melodica. sans
aeroplane, est-ce qu'on écouterait vraiment les decemberists ou beirut aujourd'hui? peut-être, mais probablement pas.
souvent simplement voix-guitare, les mélodies somme toute conventionnelles sont sublimées par des arrangements parfois fanfaresques, parfois folk un peu old-timey, parfois très rock, laissant une grande place à la voix, qui tour à tour cajole puis prend aux tripes. contrairement à d'autres groupes qui donnent dans moult sparages et dans la surenchère d'instruments,
aeroplane me donne l'impression que chaque note, chaque instrument, est juste là lorsque nécessaire. pas que ce soit un album vraiment minimaliste... juste parfaitement dosé.
l'internet pullule d'essais sur
aeroplane. bon nombre en décortiquent les étranges textes, en long et en large. je ne sais pas de quoi cet album parle: de sexe, de botanique, d'anne frank pendant la deuxième guerre, d'étranges souvenirs, parfois même d'aimer jésus. ou f) toutes ces réponses. paradoxalement, je suis férue de rap mais pas tant une fille de textes, ce qui fait que je peux hurler les paroles en coeur avec mangum (je le tiens d'ailleurs partiellement responsable de ma présente extinction de voix) sans réellement savoir de quoi il est question; je me contenterai de dire que les textes sont fascinants et imagés, et de vous laisser y trouver votre propre signification.
j'écoute l'album en boucle depuis que j'ai commencé à écrire ceci et, de plus en plus, le mot «onirique» me trotte dans la tête.
in the aeroplane over the sea pourrait très bien être la version musicale d'un rêve: beau et étrangement diffus, à la fois insaisissable et parfaitement cohérent, mystérieux et réconfortant.
*en 2011, jeff mangum a annoncé une série de concerts en solo, sorti de nulle part. pas une reformation de neutral milk hotel, juste une série de concerts avec sa guitare et rien d'autre. (on ne sait toujours pas ce qui a motivé montréal faisait partie de cette série de concerts, et j'étais donc au cabaret du mile end le 10 août dernier. la salle d'une capacité d'environ 500 personnes était comble. c'était un peu irréel de voir mangum arriver sur scène, coiffé d'un bérêt, s'asseoir sur un petit banc et commencer à jouer
oh comely. j'avais des frissons et je n'étais manifestement pas la seule: il a joué les 4-5 premières pièces dans un silence quasi monacal, comme si personne ne réalisait vraiment ce qui était en train de se passer et ne voulait pas ruiner le moment en glissant ne serait-ce qu'un «oh my god» chuchoté à son voisin. il a fallu qu'il nous donne la «permission» de chanter pour que la foule se laisse aller et se mette à chanter chaque mot avec lui. sa voix: intacte, pareille à sur l'album. c'était magique comme show.