J'anime un club de lecture avec ma soeur depuis deux ans et demi. On choisit un thème et on fait une sélection de 8-10 livres. Étant donné qu'on veut s'assurer que ce soit bon et que ça fitte vraiment dans le thème, on se retrouve très souvent à sélectionner des livres qu'on a déjà lus. Mais comme je veux des souvenirs frais pour discuter des livres, je me retrouve à relire des livres que j'avais déjà lus. L'année passée, sur 58 livres lus (ok, incluant livres audio), 16 étaient des relectures.
Je suis un peu mitigée, parce que d'un côté c'est intéressant de revisiter une oeuvre lorsqu'on est à une période différente de notre vie, ou alors simplement de relire pour atteindre un autre niveau. Par exemple, j'ai relu en décembre L'Oeuvre au noir de Marguerite Yourcenar. C'est une oeuvre extrêmement exigeante, que j'avais commencée et abandonnée de nombreuses fois avant de finir par le lire au complet, et même là j'avais trouvé ça ardu, et même si j'avais été subjuguée par la beauté du texte, je n'en avais pas profité pleinement parce que mon cerveau travaillait trop fort à tenter de tout absorber. Ma relecture a été une expérience différente. Étant donné que je savais déjà ce qui s'en venait et que je comprenais le sens global de l'oeuvre, j'ai pu tout simplement me laisser porter par le texte, et ça a été vraiment enrichissant et agréable. Je dois même dire que j'ai suffisamment pris goût à la relecture que le printemps dernier je me suis tapée L'Amour aux temps du choléra deux fois d'affilée, parce que quand je l'ai terminé j'ai eu l'impression que je n'en avais pas assez profité. Et il y a des livres qui sont vraiment importants pour moi, qui m'accompagnent depuis longtemps et que je continue de revisiter à intervalle régulier, genre Proust ou L'Amie prodigieuse. Mais d'un autre côté, je suis toujours un peu déçue de moi-même quand je fais le choix de relire une oeuvre que je connaissais déjà, comme si je manquais d'audace. Et comme le temps dont je dispose pour lire est vraiment limité, je trouve ça dommage de ne pas le consacrer entièrement à découvrir de nouveaux livres, de nouveaux auteurs.
Sinon, pour les livres physiques, j'essaye d'appliquer la méthode Marie Kondo : si je ne ressens pas de la joie en tenant le livre entre mes mains, c'est signe qu'il doit partir. Pour vrai, j'ai jamais autant lu que dans les 3-4 dernières années, et ma bibliothèque a pourtant rapetissé. Je me suis aperçue que je conservais beaucoup de livres uniquement en mémoire des souffrances subies lors de la lecture, ce qui est une raison lamentable d'accaparer de l'espace dans ma bibliothèque. Maintenant, ces livres prennent le chemin du croque-livres. Et puis, je consomme presque exclusivement des livres audio ou numériques, alors pour moi ça a de moins en moins de sens de hoarder des livres. Surtout qu'en fait, même avant l'avènement du numérique, j'étais pas mal plus type bibliothèque que librairie, ce qui fait que je n'ai même jamais possédé certains livres qui ont pourtant été absolument déterminants pour moi. Donc la seule raison valable pour laquelle j'en conserve encore, c'est sans doute pour avoir l'occasion de les prêter à d'autres. Pas sûre que je vais avoir un jour la lubie de relire Guerre et Paix, mais je vais le garder quand même au cas où mon fils aurait envie de s'y mettre - ou plutôt au cas où je réussis à le convaincre de le lire.