Auteur Sujet: Les fascistes  (Lu 100 fois)

Hors ligne megalomarc

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Les fascistes
« le: janvier 10, 2019, 16:05:17 pm »
Je suis tombé sur un rare article brillant sur la question du fascisme aujourd'hui. Ce gars est de gauche, et je dirais de l'authentique gauche.

Une montée du fascisme? Les parentés idéologiques forcées et leurs conséquences délétères pour la gauche


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Il y en a parmi nous qui se livrent à une chasse à temps plein aux fascistes. Il s’agit souvent de leur principale raison d’exister. C’est pourquoi ils fouillent sans relâche pour justifier leur existence. Mais comme, dans la réalité concrète, il existe très peu de véritables fascistes, on en change la définition. On peut ainsi ajuster la perception de la réalité à des lubies idéologiques. L’effet le plus pervers de cette façon de procéder réside sans doute dans la découverte de vilains défauts chez les gens issus des milieux populaires. À l’œil nu et avec un peu de distance, bien des choses nous échappent. Mais avec une loupe ou un microscope, on finit par apercevoir des imperfections.

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Le fascisme, faut-il le rappeler, a été un mouvement de masse destiné à éliminer à la fois le libéralisme (démocratie libérale et primauté des droits individuels) et le communisme. Il s’agissait d’une idéologie totalitaire fondée sur la race (en Allemagne) ou sur l’État (en Italie), dont le but consistait à créer un « homme nouveau ». Le fascisme était également une idéologie conquérante, cherchant non pas à protéger les frontières existantes, mais à les agrandir. Le militarisme et la guerre se situaient donc au cœur de l’idéologie fasciste. Cette dernière a réussi à s’imposer par l’entremise de partis armés, alors que des millions de jeunes Européens avaient, au cours de la Première Guerre mondiale, assimilé une culture de violence dont l’ampleur dépassait tout ce que l’humanité avait connu jusque-là. Nous sommes aujourd’hui bien loin de cette brutalisation des sociétés européennes en cette époque où la peur de choquer une minorité quelconque domine la société officielle.

Constate-t-on réellement, au Québec, un mouvement de masse qui s’apparente à ce que je viens de décrire? Bien sûr que non. C’est pourquoi la définition du fascisme doit être diluée pour conserver sa fonction instrumentale dans le combat politique que mènent certaines organisations et tendances. On la dilue au point de pouvoir y inclure les droites populistes, la critique de certains aspects de l’immigration, diverses expressions d’insécurité culturelle ou nationale, et le reste. En réduisant la distance qui sépare les comportements jugés négatifs, l’insécurité identitaire de la majorité devient méfiance envers les minorités, qu’on associe le plus souvent dans le contexte actuel à de l’islamophobie et de la xénophobie, et ces deux dernières rejoignent rapidement le racisme, qu’on assimile ensuite au fascisme, même s’il n’y a pas de lien obligé entre les deux. On en aura des exemples bien pires dans les mois qui viennent, alors que la bataille pour la laïcité déchirera à nouveau la gauche québécoise. S’opposer au port de signes religieux chez les employés de l’État sera encore considéré comme une attaque envers des minorités, plus particulièrement comme une marque d’islamophobie et donc une forme de proto-fascisme. C’est cette façon de raisonner que j’appelle les parentés idéologiques forcées et qui divise tout le monde dans des positions si tranchées.

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En démêlant les concepts, il apparaît que, sur le plan politique, la montée bien réelle des droites populistes dans plusieurs pays se distingue foncièrement de celle du fascisme et du nazisme des années 1920 et 1930 et du populisme alimenté par la perte d’empire coloniaux, notamment dans la France des années 1950. Celui d’aujourd’hui ne se veut nullement conquérant : il est au contraire protectionniste. À la mondialisation, il oppose la souveraineté nationale. La mondialisation néolibérale a poussé à l’ultime limite l’aliénation propre au mode de production capitaliste. En laissant les « marchés » et les firmes multinationales (FMN) prendre des décisions fondamentales sans contrôle ou interférence des États, les peuples perçoivent avec raison une amplification de leur impuissance politique qui les empêche d’appliquer les remèdes nécessaires pour contrer les maux engendrés par le capitalisme. Le taux de participation électorale diminue constamment, le membership des partis politiques a fondu, les partis politiques traditionnels sont désertés au profit de nouveaux partis prétendant rompre avec les « élites » ou de candidats outsider (Trump).

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Si les droites populistes inquiètent la gauche et les libéraux pour l’avenir de la démocratie, il ne faudrait pas oublier que c’est le capitalisme lui-même, dans sa version néolibérale mondialisée, qui en attaque les fondements depuis des décennies, en condamnant les États à agir en relais des intérêts des FMN.

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La montée actuelle des revendications « souverainistes » (au sens de se réapproprier le contrôle politique du territoire sans l’interférence des institutions supra étatiques), identitaires et sécuritaires exige une analyse aussi fine que possible. Mettre tout cela dans le panier du fascisme ou de l’intolérance gratuite condamne à coup sûr toute tentative de réparer les pots cassés et de relancer un mouvement en faveur du socialisme et d’une transition écologique. Je ne connais aucun exemple dans le passé où les invectives seraient venues à bout d’un phénomène social

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Penser qu’il s’agit d’une réaction exclusive des « petits Blancs » ou des « souchiens » ne rend pas compte de la réalité. En Grande-Bretagne, une citoyenne racisée originaire de l’Inde disait avoir voté en faveur du Brexit par crainte que les Polonais viennent concurrencer les travailleurs britanniques, dont elle-même. J’ai connu des immigrés italiens à Montréal qui se plaignaient de l’immigration et exerçaient une forme de discrimination dans la location de leur logement. En France, des citoyens d’origine maghrébine se plaignent de l’immigration en provenance de l’Afrique subsaharienne. Les exemples pourraient être multipliés à l’infini, en commençant par notre puissant voisin du Sud.

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Il est particulièrement regrettable que nous en soyons là, alors que l’idéologie néolibérale se trouve actuellement en pleine crise de légitimité...Les lois du marché, étendues à l’échelle mondiale et dans pratiquement tous les secteurs de l’existence, n’ont pas rempli les promesses faites par leurs zélateurs patentés. La révolte gronde. Si la gauche veut se reconnecter avec le mouvement ouvrier et les classes populaires, elle doit tenir compte de leurs affects. L’insécurité identitaire n’est pas une vue de l’esprit, le produit d’une mauvaise éducation politique ou le simple résultat de l’offensive des radios-poubelles. Elle repose sur des fondements matériels liés à la vie réelle, au travail, à la capacité concrète de pouvoir vivre heureux. Par ailleurs, dans l’état actuel, la démocratie est impensable sans souveraineté sur un territoire donné. À tout le moins, tant que nous vivrons dans une société capitaliste. Socialisme, démocratie, souveraineté et laïcité républicaine, tels sont les axes sur lesquels doit reposer la lutte, alors que la bête néolibérale commence à montrer des signes de fatigue. En retirer ne fut-ce qu’un seul parce que certains ont décidé par toutes sortes de raccourcis intellectuels de l’associer à une montée du fascisme compromet nos chances d’inverser le cours des choses.

http://www.mauvaiseherbe.ca/2019/01/08/une-montee-du-fascisme/?fbclid=IwAR14V_7H2KjIC9B1tWDmzv0tyhNxGcQPPkwkEVB8OqmkBo9bjXGFf6FVzFM

Hors ligne Le Jam

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Les fascistes
« Réponse #1 le: janvier 10, 2019, 17:15:56 pm »
Tout le monde s'en fout gros fasciste !

Hors ligne Gustavus

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Les fascistes
« Réponse #2 le: janvier 10, 2019, 17:20:11 pm »
J'adore Michel Roche. Je le connais un peu (c'est un ami d'amis) et ce texte est particulièrement éclairant. Il va plus loin qu'avant dans le fond de sa pensée sur ce sujet.

Pour l'instant il n'a pas encore été pourchassé par les censeurs de la néogauche postmoderne ni accusé d'être un homme blanc, comme Normand Baillargeon Roméo Bouchard et tant d'autres. Le fait qu'il ait publié ça sur Mauvaise Herbe et que le site ait accepté le texte c'est aussi un bon coup pour être lu par ce genre de personnes. En espérant que ça fasse réfléchir.

Hors ligne Atlas

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Les fascistes
« Réponse #3 le: janvier 10, 2019, 17:57:24 pm »
Pour ceux qui ne le savent pas, celui qui voulait asséner un coup de poing au facho Bolsonero est le célèbre footballeur bérislien Ronaldinho

« Modifié: janvier 11, 2019, 12:58:21 pm par Atlas »

Hors ligne megalomarc

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Les fascistes
« Réponse #4 le: janvier 14, 2019, 15:36:50 pm »
En espérant que ça fasse réfléchir.

Oui.