Auteur Sujet: John Oswald - Plunderphonic (1989)  (Lu 1552 fois)

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John Oswald - Plunderphonic (1989)
« le: juin 29, 2012, 20:38:57 pm »
Pour ceux et celles qui ne veulent que la musique sans plus tarder, c'est ici: http://www.forumdupeuple.com/album/

La pochette, la pochette arrière, ainsi que le disque (cachés car la pochette contient de la nudité):
Spoiler for Hiden:



Le bla bla:
J'aime l'échantillonnage.  C'est vaste, alors soyons plus précis: alors que je suis moins fanatique du sampling paresseux qui se fait dans le rap et hip-hop depuis plusieurs années (il y a des exceptions où leur utilisation est inventive, comme Donuts par J Dilla, puis je suis certain qu'emsi aurait un tas d'autres exemples) où on passe en boucle un fragment connu d'un succès pop/rock qui a fait son temps, j'aime la musique qui est construite entièrement (ou presque) d'échantillons qui sont souvent retravaillés (je n'emplois pas le terme remix ici, car on va à un autre niveau), superposés, réarrangés, découpés en fragments minuscules, ou autrement modifiés avec divers traitements sonores mécaniques (pensons à la musique concrète, en commençant par Pierre Schaeffer) ou électroniques (des simples filtres jusqu'à toutes sortes d'effets possibles grâce aux logiciels maintenant accessibles partout.)  J'admire le travail d'un artiste qui est capable de prendre tout son (que ça provienne de son environnement ou d'un disque) comme si c'était de la matière brute à travailler, comme un sculpteur ou charpentier pourrrait regarder un bloc de bois ou des planches (on peut choisir de sculpter et/ou réassembler.)  Quand on commence à observer ce qui se fait dans les domaines plus expérimentaux avec ce genre d'approche, on voit que ça prend vraiment plusieurs formes; example: certains musiciens s'enregistrent lors d'improvisations sur leurs instruments (seuls ou en groupes) et par la suite déconstruisent ces bandes en studio pour en faire autre chose complètement, soit quelque chose d'abstrait, soit une combinaison de plusieurs performances, ou comme nouveau "lit" sonore par-dessus lequel ils poseront une nouvelle improvisation, et ainsi de suite... dépendant comment le matériel de base est recoupé ou retravaillé, l'original est méconnaissable. D'où vient l'intérêt, pas de reconnaître d'où ça vient, mais du résultat final.

Il y a un autre volet à considérer pour l'échantillonnage, quand on utilise l'oeuvre d'un autre artiste comme base: les droits d'auteur.  Ainsi rentre en ligne un disque historique, par le canadien John Oswald. Complètement financé par Oswald et distribué gratuitement (donc il n'en tirait aucun profit), il a du détruire toutes copies extantes suite à des menaces du CRIA (représentant CBS et Michael Jackson, dont les avocats étaient probablement plus offusqués par la pochette représentant le roi de la pop en femme nue blanche que par le contenu qu'ils n'ont probablement même pas entendu.)  Cependant encore aujourd'hui il est facile de trouver ce disque grâce à l'internet (je vous épargne toute la polémique entourant la création artistique versus les problèmes de copyright, mais des textes intéressants sont trouvables à ceux qui voudront fouiller sur le cas ici présent en particulier) et cette musique utilisant une approche assez unique à l'échantillonnage (mais qui en inspira plusieurs (notamment Girl Talk qui a pris une tournure plus pop et moins expérimentale)) peut être écoutée librement.  Je vous offre ici une version en qualité supérieure que ce qui se trouve plus facilement sur le site original plunderphonic.  L'approche d'Oswald sur ce disque (qui diffère de ses autres efforts comme compositeur; c'est aussi un excellent saxophoniste qui a fait de superbes disques d'improvisation avec le groupe CCMC et Henry Kaiser, entre autres) est principalement d'attaquer un artiste par pièce par différentes techniques innovatrices.  C'est plus simple d'y aller morceau par morceau car la musique est plus intéressante si on connaît l'histoire derrière et le contexte, mais ce ne sont que des indices dans certains cas (simplement car c'est tout ce que j'ai pu trouver et traduire), il faut bien écouter pour démystifier ce qui se passe:

1. BEATLES :
Essentiellement la conclusion de "A day in the life", qui est un accord (mi majeur) joué sur douze pianos virtuels et un harmonium, ici transposée et transformée dans de plus gros accords sur un échantillonneur et le début de "A hard day's night" est incorporé dans la quatrième réitération.

2. DAB :
"Bad" de Michael Jackson, coupée à souhait, devient reconnaissable puis progresse tel un jeu vidéo, les niveaux de complexité et d'abstraction grandissant.

3. WAY :
Un palindrome audio simultané sur "Blue jay way" des Beatles, jouant du début à sa fin et de la fin jusqu'au début en même temps.  La conclusion de la pièce est tirée de "Strawberry fields".

4. REPLICA :
Oswald, par l'entremise d'Henry Kaiser (un guitariste Californien) qui lui connaissait John French (alias Drumbo, ancien batteur de Captain Beefeart) a eu accès à des bandes originales non mixées de pièces de Beefheart tirées de ses albums Trout Mask Replica et Lick My Decals Off, Baby.  Divers instruments solos de différentes pièces sont réassemblés avec des parties vocales isolées.

5. WHITE :
Une version de "White Christmas" où les tendances mélismatiques de Bing Crosby sont exagérées.  La pièce se conclue bizarrement avec un mélange d'orchestre tango et de pygmés africains.

6. DONT :
Une version de la pièce "Don't" d'Elvis Presley, où des musiciens contemporains rajoutent des couches d'instruments par-dessus et autour des partitions originales, se fiant lors des enregistrements à des versions légèrement décalées.  Guitares par Bill Frisell, quatre bandes de contrebasse par Marvin Green, percussions brossées de Greg Kozak et piano par Michael Snow.  Pour ce qui est des choristes (les Jordanaires) leurs voix ont été retirées, transposées puis réinsérées à divers endroits.

7. PRETENDER :
La voix de Dolly Parton subit un changement de sexe auditif en atteignant des tonalités plus basses, et au dernier couplet elle chante en duo avec elle(lui)-même.  Simultanément, les arrangements musicaux
passent de très rapides à très lents.

8. BLACK :
Les meilleures éructations de James Brown, première partie; avec une contribution de Prince.

9. BROWN :
Deuxième partie, où James Brown prend contrôle d'une pièce de Public Enemy.  Avec des caméos de Charlie Parker, Matt Dillon, et autres.

10. FABULOUS :
Les pygmés sont de retour, cette fois-ci avec Dick Hyman.

11. UNTITLED :
"The Andy Griffith Theme" (série tv des années 50), très ralenti.  On dirait un chant de baleine mais c'est joué sur un émulateur.

12. PRELUDE :
Comme un piano où chaque note sonnerait un instrument différent; une pièce de Franz Liszt est ainsi interprétée.

13. NET :
Metallica, recoupé et réarrangé (tiré de diverses pièces de l'album "...And justice for all".)

14. BIRTH :
Un échantillon d'une portion de la pièce "Birthday" des Beatles, interprété par quatres ordinateurs improvisateurs.

15. POCKET :
Une simulation de ce que serait une pièce de big band (ici "Corner Pocket" par Count Basie et son orchestre) telle qu'arrangée par William Burroughs.  Les ostinatos sont insistants.

16. MIRROR :
Un quatuor de jazz inexistant: les musiciens ont chacun improvisé individuellement sans s'entendre, puis les bandes sont superposées.  Certaines personnes croient que tout free jazz a cet air ;)  On entend ici des solos de Steve Lacy, Barre Phillips, Cecil Taylor, ainsi que Larry Dubin.

17. MIST :
Deux interprétations (une de Ry Cooder, l'autre de Lew Davis) d'une pièce de Bix Biederbecke sont entremêlées.

18. TEN4 :
Musique d'Anton Webern jouée sur un piano jouet, une guitare frottée avec une épée et des klaxons de navire.

19. TUNE :
Un vrai et un faux orchestre s'accordent... sous ce nuage de sons on peut vaguement entendre une mélodie de Verdi et un fragment de Ligeti.

20. SPRING :
"Le sacre du printemps" de Stravinsky d'abord interprété par un ordinateur dirigeant des échantillons orchestraux; pour la deuxième partie, quatre tourne-disques synchronisés à différentes vitesses, de lente à très rapide.

21. 7TH :
Beethoven est mis-à-jour et rénové sur cette version minimaliste.

22. UNTITLED 2 :
Quatre mélodies mémorables jouées simultanément sur des boîtes à musique identiques: "My way", "Theme from Love Story", "Raindrops keep falling on my head", ainsi que "Somewhere my love".

23. ARIA :
Un ordinateur "écoute" Glenn Gould jouer du Bach, puis transmet à un autre ordinateur (fourni d'une banque de sons provenant du piano de Gould) comment jouer ce qu'il a entendu.

24. RAINBOW :
Le thème de Judy Garland ("Over the rainbow") joué en douze couches harmoniques par le 101 Strings Orchestra, graduellement délaissées jusqu'à ce qu'il ne reste que les plus lentes et basses.

Pour conclure, quoique je trouve cet album intéressant et historiquement important, c'est loin d'être mon disque favori de musique expérimentale construit à base d'échantillonnage; d'ailleurs, non seulement il ne se trouve probablement pas dans mon top 10, mais ce n'est même pas le meilleur d'Oswald avec cette approche, selon moi.  Mais il faut partir en quelque part... peut-être qu'au prochain tour j'aurai de quoi de plus poussé.
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Hors ligne emsi

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John Oswald - Plunderphonic (1989)
« Réponse #1 le: juin 29, 2012, 20:57:09 pm »
 :smiley32:

pas mal cool, ma curiosité est piquée en tout cas.
je lévite.

Hors ligne Wolfkiller

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John Oswald - Plunderphonic (1989)
« Réponse #2 le: juin 29, 2012, 20:59:05 pm »
En train d'écouter la toune Black. C'est un peu badtrippant.
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Hors ligne Berslak

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John Oswald - Plunderphonic (1989)
« Réponse #3 le: juillet 01, 2012, 17:22:59 pm »
:smiley32:

pas mal cool, ma curiosité est piquée en tout cas.

Idem. Hâte de retrouver un véritable accès aux internets dans une semaine pour prendre le temps de découvrir cette chose étrange qui pique ma curiosité.
Une signature.

Hors ligne Jay.

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John Oswald - Plunderphonic (1989)
« Réponse #4 le: juillet 03, 2012, 19:19:57 pm »
Ceux qui "connaissent" la musique vont sans doute dire que je me trompe, mais la chanson replica me fait penser un peu à certains délires de Richard Hell.
Ça vient déjà plus me chercher que quelque chose comme dab, par exemple.
C'est assez fou comment ça part dans plein de directions!

Peut-être plus de commentaires plus tard, de toute façon plus qu'on alimentera les sujets le mieux ça sera!
J'avais une idée de signature géniale, mais je ne m'en rappelle plus.

Hors ligne Bruitiste

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John Oswald - Plunderphonic (1989)
« Réponse #5 le: juillet 13, 2012, 11:31:33 am »
:smiley32:

pas mal cool, ma curiosité est piquée en tout cas.

Idem. Hâte de retrouver un véritable accès aux internets dans une semaine pour prendre le temps de découvrir cette chose étrange qui pique ma curiosité.
Alors, maintenant que t'es rebranché?...

Aussi *UP*, dernière chance, il reste une couple de jours...
Les genres sont désuets.

Hors ligne Berslak

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John Oswald - Plunderphonic (1989)
« Réponse #6 le: juillet 13, 2012, 17:26:38 pm »
:smiley32:

pas mal cool, ma curiosité est piquée en tout cas.

Idem. Hâte de retrouver un véritable accès aux internets dans une semaine pour prendre le temps de découvrir cette chose étrange qui pique ma curiosité.
Alors, maintenant que t'es rebranché?...

Aussi *UP*, dernière chance, il reste une couple de jours...

J'allais oublier..  :smiley9:

Je downloade à l'instant.


Double Post:
Eille ya un problème, le disque, i saute pendant Michael Jackson.  :smiley17:
« Modifié: juillet 13, 2012, 18:11:30 pm par Berslak »
Une signature.

Hors ligne Berslak

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John Oswald - Plunderphonic (1989)
« Réponse #7 le: juillet 14, 2012, 00:10:34 am »
Sérieusement, c'est intéressant comme exercice mais ça ne se retrouvera définitivement pas dans mon lecteur MP3 (contrairement à John Zorn qui est plus écoutable).

Dab est particulièrement irritante.  On dirait que l'artiste a effectué une recherche afin de trouver l'ensemble de sons qui donne le maximum d'irritabilité chez l'être humain moyen.
« Modifié: juillet 14, 2012, 00:13:18 am par Berslak »
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Hors ligne Bruitiste

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John Oswald - Plunderphonic (1989)
« Réponse #8 le: juillet 14, 2012, 01:18:29 am »
Ça me semble pourtant moins irritant et beaucoup plus intéressant que bien des pièces originales du roi de la pop... à croire que nos goûts sont différents  :smiley2:
« Modifié: juillet 14, 2012, 07:07:34 am par Bruitiste »
Les genres sont désuets.